Les plus anciens seigneurs de Châtres qu'on connaisse sont Milon de Bray, qui vivait dans le XIIe. siècle, sous le roi Philippe Ier., et Milon fils, sous Louis-le-Gros.
Pierre, seigneur de Châtres, est dans le catalogue des nobles de la Châtellenie de Montlhéri, qui tenaient leurs fiefs du roi au XIIIe siècle. |18*
Il raçheta, selon le cartulaire de Philippe-Auguste, d'Anselme de Cheteinville, le tiers de la justice et voirie de Châtres, qui était du fief du roi, et reçut un péage que son père n'avait pas reçu, et qui, jusqu'alors, avait appartenu au roi.
Le parlement décida, en 1269, que le bailli laisserait exploiter en haute justice comme il avait fait.
Sur la fin du siècle suivant, demoiselles de Varennes, Louis d'Attily et Jacques Leclerc, qui n'étaient seigneurs que de la moitié de Châtres, le roi ayant l'autre moitié, vendirent leur moitié, moyennant 3,000 écus d'or, à la couronne, le 13 décembre 1397 , à Jean de Montagu, Vidame du Laonois, seigneur de Montagu-en-Laye et de Marcoussis, près Monllhéri. Ce seigneur, après avoir joui de la plus grande estime auprès de Charles V et Charles VI, qui le fit surintendant des finances du royaume, et lui donna la principale administration de ses affaires; après s'être enrichi extraordinairement, lui et les siens, fut accusé de plusieurs crimes, arrêté le 7 octobre I409, eut la tête tranchée aux halles de Paris, le 17 du même mois, et fut exposé au gibet de Montfaucon.
Sur les démarches de son fils, qui parvint à faire réhabiliter la mémoire de son père, il fut enterré, trois ans après, dans l'église des Célestins de Marcoussis, qui furent chercher son corps, en mémoire de ce qu'il avait été le bienfaiteur et le fondateur de ce monastère.
François Ier. visitant, un siècle après, l'abbaye de Marcoussis, demanda aux religieux le nom de leur fondateur, et ayant appris que c'était Montagu, il se mit à les railler sur la fin tragique de ce seigneur. “Sire, s'écria un Célestin, il n a pas été jugé par des juges. — Et par qui donc, dit le roi? — Par des commissaires!” François Ier., frappé de cette réponse, fit serment sur l'autel de ne jamais faire périr personne par jugement de commissaires.
Vers le milieu du siècle suivant, la seigneurie de |19 Châtres passa aux mains de Jean Malet de Graville; et Louis XI, en 1471, donna à Louis Malet de Marcoussis, ce qu'il avait de droits à Châtres, justice, voirie, etc., moyennant qu'il déchargerait d'autant le domaine de Montlhéri.
Charles VIII confirma cet arrangement en faveur de sou chambellan, qui fut amiral, et qui obtint, en sa faveur, qu'une foire fut établie à Châtres Ce fut en 1470 que cet avantage lui fut accordé.
La ville de Châtres passa ensuite dans la maison d'Entragues par le mariage avec Marie de Balsac; et le 2 septembre 1564, un arrêt du parlement donna main-levée de la moitié des droits de hallage, minage, sur les grains et sur le sel, comme dépendant de la justice haute de Châtres à lui adjugée l'année précédente.
En 1580, lors de la rédaction de la Coutume de Paris, il remontra que la châtellenie et ville de Châtres n'était tenue, ni sujette à celle de Montlhéri.
Robert de Balsac la vendit, le 2 avril 1606, au sieur Camus de Saint-Bonnet, moyennant 35,000 fr.; et le 6 février 1612, ce dernier acheta des chanoines de Saint-Maur-des-Fossés, ce qui leur restait de l'ancienne seigneurie du prieuré, tels qu'étaient des droits considérables sur le marché.
Par suite de contestations avec les habitans de Châtres, au sujet du marché, une sentence des requêtes du palais le maintint dans la possession et jouissance de se dire seigneur-châtelain, avec tous les droits de voirie; sentence que confirma le parlement de Bretagne.
Ses héritiers vendirent sa terre à Brodeau du Candé, 72,000 f.; mais le 19 septembre 1656, la terre fut saisie sur lui et adjugée pour 68,000 f. à Jean-Baptiste du Deffand-de-la-Lande, colonel de dragons, lieutenant-général et gouverneur de l'Orléanais.
Enfin, elle fut vendue, le 15 avril 1720, par le marquis et son fils, pour la somme de 347,000 fr |20 et 5,000 fr. de pot-de-vin, au sieur Louis, marquis d'Arpajon, issu d'une des plus illustres et puissantes maisons du Rouergue, lieutenant-général des armées du roi, gouverneur de plusieurs villes et provinces, petit-fils du duc d'Arpajon, marquis de Sivrac, comte de Rhodez, général des armées du roi, ministre-d'Etat et ambassadeur extraordinaire en Pologne.
Déjà le marquis d'Arpajon possédait la châtellenie de la Bretonnière, prévôté de Saint-Germain, et les fiefs Dumesnil-Brecourt, grands et petits cochets.
Châtres, jusqu'à ce moment seigneurie et châtellenie, allait devenir réellement marquisat; car le marquis d'Arpajon, qui voulait perpétuer son nom, près de s'éteindre, puisqu'il n'avait qu'une fille unique, sollicita des lettres-patentes; après avoir rendu foi et hommage au roi, le 25 avril 1720, il obtint, au mois d'octobre de la même année, comme nous l'avons déjà dit, en faveur de ses glorieux services, que les terres et seigneuries de Châtres, de la Bretonnière et de Saint-Germain, qui sont toutes contiguës l'une à l'autre, fussent unies et érigées en marquisat, sous le nom d'Arpajon.
Il eut, en cette occasion, l'avantage bien rare de vaincre l'empire de l'habitude, si difficile à détruire, et de voir les habitans de la contrée combler ses vœux, en ne désignant plus Châtres que par le nom d'Arpajon.
On rapporte que, pour atteindre ce but, il allait sur toutes les routes et chemins demandant à ceux qu'il rencontrait où ils allaient; et sur leur réponse, il récompensait pécuniairement ceux qui disaient nous allons ou nous venons d'Arpajon, et maltraitait ceux qui prononçaient le mot de Châtres.
Les droits du marquisat, quoique considérables, n'allaient pourtant pas jusque là.
En voici la nomenclature:
Justice haute, moyenne et basse, greffe, tabellionnage, geole, prisons, hallage, placage, mesurage, pied |21 fourché, travers, péage dont le roi jouit, poids, mesures, quilles, droits de censives, lots et ventes et amendes.
En un mot, monseigneur avait tout, et la ville rien; car, iusqu'en 1792 environ, elle ne possédait pas un sou de revenu, et pour payer 100 fr. de rente annuelle, due pour le logement du curé, elle était obligée d'écrire des lettres bien suppliantes à l'intendant de la généralité de Paris, pour pouvoir payer cette modique somme.
Il mourut en août 1736, et fut enterré, sur sa demande, dans le chœur de l'église de Saint-Clément à Arpajon.
En 1793, lorsque toutes les églises furent dévastées, la pierre tumulaire qui était placée sur le mur de l'église, fut enlevée; l'ayant retrouvée, en 1832 , chez un vitrier de cette ville, nous avons proposé à M. Trocmé , maire, de la faire rétablir dans l'église comme un monument historique, ce qui a été exécuté par nos soins.
Le marquis d'Arpajon, le dernier de sa maison, ne laissa qu'une fille unique, mariée en 1741 à Philippe, comte de Noailles, né le 7 décembre 1715.
Louis, duc d'Arpajon, bisaïeul de la comtesse de Noailles, le même dont, nous avons parlé ci-devant, ayant sauvé l'île de Malte de l'invasion des Turcs, le grand-maître, Jean-Paul Lascaris, lui accorda, du consentement de l'Ordre, le 30 mai 1645, le privilége singulier, par lequel lui et ses descendans, au choix du père, serait, d'aîné en aîné, chevalier en naissant, et grand croix à l'âge de seize ans.
Madame la comtesse de Noailles, Anne-Çlaude d'Arpajon, unique héritière de sa maison, fut reçue grand'croix de l'Ordre de Malte, le 13 décembre 1745, par une bulle du 28 septembre 1741.
L'Ordre de Malte avait accordé au comte de Noailles, le privilége de la maison d'Arpajon, en considération de son mariage avec l'unique héritière de cette famille.
La révolution de 1789 étant survenue, et toutes les seigneuries ayant été abolies en France, le sieur Philippe de Noailles, maréchal de France, grand-d'Espagne de première classe, duc de Mouchy, prince de Poix, seigneur-marquis dudit Arpajon, Le Bouchet, Leuville et autres lieux, Bailli, grand'croix de Malte, gouverneur et capitaine des chasses des villes, châteaux et parcs de Versailles, Marly et dépendances, fut le dernier seigneur d'Arpajon, et finit, le même jour avec sa femme, Anne-Claude d'Arpajon, sur l'échafaud, à Paris, sous le règne de la terreur, en 1794, une vie qui ne fut consacrée qu'à faire du bien à Arpajon et à l'embellir.